L'actualité médicale des eczémas par le Dr Daniel Wallach - Janvier 2022

L'actualité médicale des eczémas par le Dr Daniel Wallach - Janvier 2022

Découvrez la 1ère revue scientifique 2022 du Dr Wallach

Découvrez la 1ère revue scientifique 2022 du Dr Wallach

  • Bibliométrie de la dermatite atopique
  • Education thérapeutique
  • Qui sont les “super-répondeurs” au dupilumab ?
  • Flexibilité de la prescription d’abrocitinib
  • Evaluer les traitements sur YouTube
  • Réadmissions hospitalières
  • Lecture des patch tests par intelligence artificielle
  • Réactions au vaccin anti-COVID-19

Bibliométrie de la dermatite atopique

Kim D, Chae Y, Park HJ, Lee IS.
A Bibliometric Analysis of Atopic Dermatitis Research over the Past Three Decades and Future Perspectives.
Healthcare (Basel) 2021;9(12):1749.

En 30 ans, plus de 50 000 publications ont été consacrées à la dermatite atopique, vous avez pu en lire quelques-unes dans nos Actualités ; mais il n’y a encore eu aucune étude globale de ce gigantesque corpus. Les techniques de bibliométrie fournissent pourtant de précieuses informations. L’étude des mots-clés utilisés et de leur évolution dans le temps montre la permanence des sujets liés à l’allergie respiratoire (asthme, rhinite, IgE) et aussi l‘apparition récente de nouveaux domaines comme la qualité de vie et les probiotiques. La liste des 30 articles les plus cités montre la variété des domaines explorés. L’épidémiologie vient en tête avec la célèbre étude ISAAC publiée dans le Lancet en 2006. Cette étude concernait de nombreux pays. Cependant, l’analyse bibliométrique montre que la grande majorité des études sur la dermatite atopique provient des pays occidentaux riches, les USA et l’Europe de l’Ouest en tête, et néglige probablement le pays à fable revenus. Il est donc tout à fait possible, et la littérature en contient de nombreux exemples, que les données sur la DA en Occident ne s’appliquent que très partiellement à la DA des pays de l’Est et du Sud. Les auteurs concluent qu’il existe un certain nombre de lacunes à corriger : inclure les pays du Sud, favoriser les collaborations internationales, et aussi favoriser les travaux interdisciplinaires. Etant donnée la nature complexe de la dermatite atopique, des études associant généticiens, immunologistes, spécialistes de la barrière, microbiologistes, cliniciens, pharmacologues, devraient améliorer nos connaissances de façon plus globale.

Education thérapeutique

Barbarot S, Boralevi F, Shourick J et al.
Characteristics of children and adolescents with atopic dermatitis who attended therapeutic patient education.
J Eur Acad Dermatol Venereol 2021;35:2263-2269.

Thormann K, Aubert H, Barbarot S et al.
Position statement on the role of nurses in therapeutic patient education in atopic dermatitis.
J Eur Acad Dermatol Venereol 2021;35:2143-2:148.

L’éduction thérapeutique du patient (ETP) a largement fait la preuve de son efficacité pour aider les enfants atopiques à se prendre en charge. Actuellement, 28 centres français proposent une ETP. Pour autant, les patients qui en bénéficient restent peu nombreux. Une enquête menée auprès de 1063 parents d’enfants atopiques âgés de 6 à 17 ans montre que seulement 131 d’entre eux, soit 12,3%, ont suivi des séances d’ETP, en moyenne 2 à 5 sessions. Les enfants ayant suivi une ETP sont globalement plus atteints (17,6% de formes graves), sont plus souvent des garçons, ont consulté un spécialiste plus souvent, et ont des parents ayant eux-mêmes une dermatite atopique. Les moyens qui permettraient de diffuser plus largement l’ETP n’apparaissent pas clairement. L’article de K Thormann et al, signé de nombreux auteurs internationaux dont des spécialistes français de l’ETP, souligne le rôle prépondérant des infirmières (ou infirmiers) dans l’ETP de la dermatite atopique. Idéalement, de nombreux professionnels interviennent dans l’ETP : dermatologues, pédiatres, allergologues, psychologues, diététiciens, infirmiers. Ces derniers peuvent avoir à l’évidence un rôle essentiel. Leur formation et leur qualification diffèrent selon les pays, mais il est clair que les qualités requises d’empathie, de compréhension, de pédagogie, d’écoute, de disponibilité, sont largement présentes chez ces professionnels. Plusieurs études ont d’ailleurs prouvé leur efficacité. L’ETP pourrait être une des « pratiques avancées » de la profession infirmière et une spécialisation en ce sens permettrait un réel développement de l’ETP dans la dermatite atopique. Notons enfin qu’aucun de ces deux articles ne fait allusion aux possibilités de la visio-conférence et de la télémédecine. On peut cependant penser que les obstacles rencontrés par l’ETP en présentiel, qu’il s’agisse du coût, des déplacements, de la disponibilité des personnels, de la motivation des équipes et des familles, pourraient justifier le développement d’ « ETP en distanciel » dont ion imagine bien tous les avantages.

Qui sont les “super-répondeurs” au dupilumab ?

Nettis E, Ferrucci SM, Pellacani G et al; STUDY GROUP. Dupilumab in atopic dermatitis: predictors of treatment outcome and time to response.
J Eur Acad Dermatol Venereol 2021;35:e896-e898.

388 adultes atopiques traités en Italie par dupilumab ont été inclus dans cette étude. Le terme de « super-répondeur (SR) » désigne les patients ayant des réponses complètes en termes de score EASI-75, de scores de prurit et de DLQI. A 4 semaines, 25,3% des patients sont SR précoces, et à 16 semaines, 66% sont SR tardifs. 18 patients ne sont que SR précoces. Les auteurs ont analysé les facteurs initiaux caractérisant les patients répondeurs. Deux facteurs permettent de prédire une bonne réponse précoce : l’absence de conjonctivite allergique et la présence d’asthme. Pour les réponses tardives, les facteurs prédictifs sont par ordre d’importance le début précoce de la DA (OR 8,93, de loin le plus élevé), la réponse précoce au dupilumab, les conjonctivites allergiques, et des scores initiaux de prurit peu sévères. La conclusion principale est que les DA de début précoce répondant rapidement au dupilumab sont les meilleurs prédicteurs d’une réponse durable.

Flexibilité de la prescription d’abrocitinib

Blauvelt A, Silverberg JI, Lynde CW et al.
Abrocitinib induction, randomized withdrawal, and retreatment in patients with moderate-to-severe atopic dermatitis: Results from the JAK1 Atopic Dermatitis Efficacy and Safety (JADE) REGIMEN phase 3 trial.
J Am Acad Dermatol 2022;86:104-112.

Les essais cliniques destinés à établir l’efficacité des nouveaux médicaments et à satisfaire aux exigences des agences réglementaires suivent des protocoles très stricts où les médecins praticiens ont souvent du mal à reconnaître leurs habitudes. C’est notamment le cas dans les maladies chroniques comme la dermatite atopique, où un bon résultat à court terme, pour intéressant qu’il soit, ne correspond pas toujours aux soucis des patients. L’abrocitinib, inhibiteur JAK-1 oral, a montré son efficacité dans la dermatite atopique au cours d’essais contrôlés internationaux de phase 3, d’une durée de trois mois (Lancet 2020 ;396 :255-266). Mais après ces trois mois, que se passe-t-il ? C’est ce qu’explore ce nouvel essai international contrôlé, appelé (JADE) REGIMEN. 1233 adultes et adolescents ont tous d’abord reçu, en ouvert, 200 mg d’abrocitinib par jour pendant douze semaines, sans traitement local. 798 d’entre eux, soit 64,7%, ont bien répondu, et ont ensuite été randomisés pour un traitement d’entretien de 40 semaines par abrocitinib 200 mg par jour, ou abrocitinib 100 mg par jour, ou placebo. Le traitement d’entretien par abrocitinib a permis de diminuer significativement la survenue des rechutes par rapport au placebo, c’est là un résultat essentiel : la probabilité de présenter une poussée après le traitement initial est de 18,9% dans le groupe abrocitinib 200 mg, 42,6% dans le groupe abrocitinib 100 mg, et 80,9% dans le groupe placebo. Ce dernier chiffre correspond à l’évolution habituelle de la DA de ces patients sévères. Les patients ayant rechuté ont ensuite été traités par abrocitinib 200 mg par jour associé à un traitement local, et ce retraitement a permis de retrouver une excellente amélioration dans la plupart de cas. La tolérance a été attentivement suivie ; on notera surtout quelques cas de nausées. Ainsi, cet essai indique l’intérêt de conserver un traitement d’entretien chez la plupart des patients, et chez d’autres de retraiter, en retrouvant le succès initial. Reste aux médecins et aux patients à adapter ces données à leurs pratiques, ou à leurs souhaits.

Evaluer les traitements sur YouTube

Gorrepati PL, Smith GP.
DISCERN scores of YouTube information on eczema treatments.
J Am Acad Dermatol 2021;85:1354-1355.

Tout le monde (vous aussi, j’en suis sûr) regarde YouTube pour trouver des informations dans pratiquement tous les domaines. Notamment dans le domaine médical, car tous les patients ont besoin d’informations sur leurs maladies et leurs traitements. Mais comment juger la pertinence de ces innombrables informations ? Avez-vous pensé au score DISCERN ? Le score DISCERN, qui ne semble pas avoir été traduit en français, peut être consulté en anglais, à l’adresse suivante : http://www.discern.org.uk/discern_instrument.php. Il consiste en un ensemble de 15 questions qui permettent aux internautes d’évaluer les informations sur les traitements médicaux. Ce sont des questions que l’on peut légitimement se poser pour savoir si on peut ou non faire confiance à des informations postées sur Internet. Par exemple : Quel est le but des auteurs ? Les informations sont-elles pertinentes ? Quelles sont leurs sources ? Y a-t-il des biais ? Indique-t-on les bénéfices et les risques de chaque traitement ? Est-ce qu’on est vraiment aidé dans ses choix ? Pour chaque question, on peut répondre entre 0 et 5 Ainsi le score DISCERN, qui est au maximum de 75, mesure la fiabilité des informations thérapeutiques. Gorrepatti et Smith ont examiné à l’aide de ce score les 30 premières vidéos qui apparaissent sur YouTube en réponse à une demande sur « traitements de l’eczéma ». Le score moyen de ces 30 vidéos est de 30,6, ce qui est correspond à une fiabilité médiocre. Parmi ces vidéos, celles qui ont été créées par des médecins ou des centres hospitaliers atteignent un score un peu meilleur (34,6) mais toujours moyen. Si un dermatologue a été impliqué, le score atteint 38,8. Les principales lacunes de ces vidéos, selon les critères DISCERN, concernent les risques des traitements, le risque qu’il y a à ne pas se traiter, et les sources des informations. Parmi les paramètres pris en compte par DISCERN, la question concernant les sources d’information (question 4) est celle qui obtient le plus mauvais résultat. Ceci ne fait que souligner l’importance de l’information médicale validée.

Réadmissions hospitalières

Edigin E, El-Amir Z, Wani F, Kichloo A, Eseaton PO.
Trends of readmissions of atopic dermatitis patients in the United States: a 9-year longitudinal analysis of the Nationwide readmission database.
J Eur Acad Dermatol Venereol. 2021 Dec;35(12):e903-e904.

Lorsqu’un patient est réhospitalisé peu de temps après être sorti de l’hôpital, cela peut signifier qu’il présente une rechute ou une autre affection. Cela peut aussi signifier que l’équipe hospitalière l’a fait sortir trop vite, pour des raisons variables ; par exemple pour améliorer ses performances en matière de durée de séjour. Pour éviter ce biais, les réadmissions précoces sont attentivement étudiées aux USA. Cette étude concerne 22069 hospitalisations d’adultes pour dermatite atopique, entre 2010 et 2018. Le taux de réadmission, initialement de 13,5%, a diminué à 10,8%. Les réadmissions ont duré 6 jours en moyenne, et les comorbidités ont été un facteur de plus en plus important. Mises à part des causes intercurrentes, les raisons essentielles de ces réadmissions ont été l’asthme, des épisodes psychiatriques, et surtout des infections : cellulites localisées et sepsis généralisés. Les adultes atopiques graves, nécessitant des hospitalisations, ont souvent des problèmes respiratoires et des comorbidités psychiatriques. Mais l’importance des surinfections cutanées mérite d’être soulignée. Comme nous l’avons déjà noté, dans l’abondante littérature consacrée à la dermatite atopique, à ses traitements et à ses complications, les considérations pour les surinfections tiennent une place actuellement très limitée. Elles sont pourtant importantes, comme on le voit ici.

Lecture des patch tests par intelligence artificielle

Chan WH, Srivastava R, Damaraju N et al.
Automated detection of skin reactions in epicutaneous patch testing using machine learning.
Br J Dermatol 2021;185:456-458.

Le diagnostic des eczémas de contact repose sur une pratique et une lecture des patch-tests qui ne sont pas accessibles à de nombreux patients, pour des raisons de distance, de disponibilité et de spécialisation des personnels. Ainsi il est logique de penser que les techniques de diagnostic clinique par algorithmes d’intelligence artificielle rendraient ici de grands services. Une équipe de dermatologues et d’informaticiens de Houston a ainsi « entraîné » un réseau de neurones artificiels de Google avec 3695 photographies cliniques de patch tests, cotées par des dermatologues expérimentés en négatifs, douteux, positifs 1+, 2+, 3+ et réactions d’irritation. Le réseau ainsi entraîné a ensuite été confronté à des photographies de patch tests et a obtenu une précision de 99,5%. Pour la plupart des allergènes, la précision est de 100%. Pour sept allergènes, elle est un peu inférieure, et le moins « performant » est le baume du Pérou (correctement noté cependant dans 93,3% des cas). Les auteurs notent que les réactions d’irritation sont bien différenciées des réactions allergiques, ce qui est important en pratique. Des efforts coopératifs suivant ce schéma devraient être entrepris, avant que tout un chacun puisse effectuer et lire ses patch tests.

Réactions au vaccin anti-COVID-19

Leasure AC, Cowper SE, McNiff J, Cohen JM.
Generalized eczematous reactions to the Pfizer-BioNTech COVID-19 vaccine.
J Eur Acad Dermatol Venereol 2021;35:e716-e717.

Des milliards de personnes ont reçu ou recevront le vaccin anti-COVID-19, et on peut s’attendre à observer des réactions cutanées de tous types, à l’imputabilité toujours incertaine et sans gravité. Faut-il pourtant les rapporter, au risque d’encombrer une littérature déjà pléthorique et de ne pas savoir les interpréter ? Globalement la réponse ne peut être qu’affirmative, des publications comme celles-ci étant totalement rassurantes. Deux adultes aux antécédents atopiques ont présenté des lésions d’eczéma généralisé, peu intenses, après avoir reçu le vaccin Pfizer anti-COVID-19. IL n’y a eu aucune réaction aux points d’injection, et ces eczémas ont rapidement cédé à un bref traitement corticoïde local, et une fois oral. Il n’y a eu aucune conséquence particulière, les deux doses de vaccin ont été parfaitement tolérées. On sait que les personnes atopiques sont sujettes à des lésions d’eczéma de façon non spécifique. Evidemment ici aucun test n’a été pratiqué, et la conclusion est claire, confirmée par l’abondante littérature sur ce sujet, dont nous avons déjà parlé dans nos Actualités : atopique ou non, traité ou non, la vaccination anti-COVID-19 est impérativement indiquée.

Date

L'actualité médicale des eczémas par le Dr Daniel Wallach - Octobre 2021

Découvrez la 4ème revue scientifique 2021 du Dr Wallach

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